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C'est un bistrot situé à l'angle de la rue Saint Maur et celle de la Fontaine au Roi que j'ai beaucoup fréquenté. Au comptoir pour un café vite-fait, dans la salle où j'ai découvert ce que voulait dire "bristronomie" et au fond, dans un corner, dans de vieux fauteuils au cuir craquelé et patiné où j'ai refait le monde avec un vieux pote de passage. Le monde, le notre, celui de notre microcosme professionnel et des oreilles ont du siffler. C'était au temps de ma petite entreprise dont les locaux étaient non loin. Des souvenirs et des regrets, aussi. Ceux d'avoir laissé le temps filer à vive allure sans jamais me déplacer sur Paris pour prendre un pot sur un zinc avec ce vieil ami. En début d'année, prise au piège de mon spleen chartrain, c'est à peine si j'ai réalisé qu'il ne m'avait pas adressé ses bons voeux. Je m'en suis inquiétée quand j'ai vu passer sur les réseaux sociaux une photo de lui où je l'ai trouvé fatigué, amaigri, appuyé sur l'épaule de son fils. Au début du confinement, je lui ai envoyé un mot, lettre morte à ce jour. Bien entendu, je ne veux pas l'enterrer vivant mais je ne cache pas une vive inquitétude. Je préfère garder de lui le souvenir vivace de notre première poignée de main par un matin d'avril pluvieux au siècle dernier. Notre amitié avait été instantanée. Merci à lui pour tout ce que nous avons vécu de dingue et de complètement improbable. Et puis, lui souhaiter parce que c'est aujourd'hui, un bon anniversaire...